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La Bretagne inconnue – Madeleine DESROSEAUX (1938)

25,00 

Auteur : Madeleine Desroseaux
Titre : La Bretagne inconnue
Éditions : Plon
Année : 1938, édition originale
Dim. 18,5 x 12
272 pages

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Auteur : Madeleine Desroseaux
Titre : La Bretagne inconnue
Éditions : Plon
Année : 1938, édition originale
Dim. 18,5 x 12
272 pages

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Près du phare du Guiveur, on peut voir, à mer basse, pendant les grands marées, les fondations d’une agglomération disparue. Le Guiveur, village noyé, a donné son nom au phare, grand cierge funéraire veillant sur les maisons mortes. Des tronçons de mur ont tenu bon. Des seuils de granit où des vieilles, dissoutes à présent dans la terre, se sont accroupies, apparaissent tout chevelus d’herbes marines. La mer recouvre de son manteau glauque les larges pierres des foyers, autels du feu, qui maintenant sont enveloppés d’un suaire d’eau glacée. Guiveur a subi le sort des légendaires cités disparues, Occismor, Is et Tolente. Sein simple radeau dont le point le plus élevé n’est qu’à douze mètres au-dessus du niveau de la mer, est appelée à disparaître.

La première offensive connue de la mer contre Sein remonte à 1756. Elle faillit être mortelle pour les insulaires, si bien que le duc d’Aiguillon, alors gouverneur de Bretagne, ordonna l’évacuation de l’île. Plus têtus que l’Océan, les habitants refusèrent net d’obéir à cet ordre ; voyant cela, le gouverneur fit élever sur la rive sud une épaisse muraille destinée à épauler la houle, c’est la digue du Rohic. Les tempêtes de 1865, 1879, 1896, 1912, 1924 et 1929, ont laissé des souvenirs de cauchemar dans l’esprit de certains Iliens. Celle de 1929 s’accompagna d’un raz de marée terrifiant.

Fanch, qui habite dans la partie basse du bourg, m’a dit que, la veille, la mer bouillonnait comme une marmite sous pression. Après avoir faillé être enlevé par un tourbillon en ouvrant sa porte, il dut lutter de toute la force de ses biceps de marin pour fermer ses volets que le vent plaquait violemment contre le mur. Il était resté des heures sans pouvoir dormir.
— Quel tintamarre !… un roulement de tonnerre … des cris de damnés … un ronflement rageur sous la toiture.

Un craquement formidable le réveille au matin. C’est la porte qui saute, enfoncée par le coup de bélier de la mer. Une lame furieuse envahit la chambre, le balai flotte comme un aviron, les chaises se heurtent contre les murs, les sabots-bottes se mettent à danser. Fanch n’a que le temps de saisir ses chausses, de sauter sur l’échelle du grenier, et de sortir par la lucarne du toit. On s’interpelle d’une fenêtre à l’autre. Un fleuve écumant coule entre les ruelles, et déjà les canots viennent sauver les femmes et les enfants. Une partie de la population s’est réfugiée dans l’église comme dans l’Arche. C’est le point culminant de l’île.

p. 31